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Article publié dans le magazine ICTUpdate, Numéro 73, août 2013 (traduit de l'anglais) - English version.

Si de nombreux pays africains ont élaboré des stratégies nationales d’e-gouvernance, d’e-santé et d’e-enseignement, la plupart ne disposent d’aucune stratégie d’e-agriculture. À l’exception de la Côte d’Ivoire, qui vient d’ouvrir ce chantier.

Il ressort de la plupart des débats politiques nationaux et internationaux que les TIC sont le meilleur moyen de dynamiser la croissance économique. On peut citer l’exemple de la forte croissance affichée par l’économie américaine depuis le début du millénaire, laquelle coïncide avec l’expansion rapide d’Internet et des réseaux de téléphonie mobile et l’émergence des nombreux services virtuels auxquels ils donnent accès. Il est aujourd’hui généralement admis que les TIC et ces services virtuels favorisent la croissance économique, la bonne gouvernance, la création d’emplois et la diffusion des connaissances. Dans son rapport Broadband for the Masses, publié en 2009, McKinsey & Company laisse en effet entendre que toute augmentation de 10 % de la pénétration d’Internet se traduit par au minimum un point de croissance. Bien que cette corrélation soit largement influencée par d’autres facteurs, elle rappelle combien les TIC au service du développement (ICT4D) revêtent une importance stratégique pour les PED.

À la fin des années 1990, l’Initiative pour une société africaine de l’information, impulsée par la Commission économique pour l’Afrique (ONU), a lancé l’Infrastructure  nationale de l’information et de la communication, qui définit pour chaque pays un processus de planification et d’élaboration d’une politique nationale en matière de TIC. Ces processus promeuvent l’insertion de l’Afrique dans l’économie numérique et mondiale et fournissent un cadre politique pour l’intégration des TIC dans les stratégies de développement nationales.

Susciter l’intérêt

Grâce à ces processus avant-gardistes, de nombreux pays africains se sont dotés d’une véritable politique nationale de TIC au service du développement. On relève de plus en plus de stratégies sectorielles dans divers domaines : e-gouvernement, e-enseignement, e-santé… Certains pays se sont même lancés dans la définition d’une politique nationale d’e-agriculture ou de TIC au service du développement rural, mais sans réelles avancées. Ce qui ne veut pas dire qu’aucune initiative n’existe en matière de TIC au service de l’agriculture (ICT4ag), mais il s’agit d’efforts dispersés, parfois redondants, qui passent à côté de secteurs ou de problématiques agricoles essentiels.

Le cas ivoirien

La Côté d’Ivoire figure parmi les pays africains qui se sont récemment engagés dans la définition d’une stratégie globale d’e-agriculture. En juin 2013, le ministre ivoirien de l’Agriculture, Sangafowa Coulibaly, et son homologue en charge de la Poste et des TIC, Bruno Nabagne Kone, ont organisé un séminaire à Agboville afin de fixer les projets et actions prioritaires, dans le cadre du document de stratégie nationale d’e-agriculture validé fin 2012.

Flash-back : en 2000, devançant l’arrivée du premier câble sous-marin en fibre optique SAT3 qui reliera le pays aux réseaux télématiques mondiaux, le gouvernement ivoirien adopte son plan d’infrastructure national de l’information et de la communication, qui dessine les contours de sa stratégie TIC. Depuis, trois nouveaux câbles sous-marins à forte capacité sont venus renforcer les connexions ivoiriennes, en 2011 et 2012.

Ces évolutions coïncident avec la volonté du gouvernement de moderniser le secteur agricole et d’en accroître la productivité. Ces mesures apparaissaient nécessaires pour augmenter les revenus à l’exportation de cacao, de café et d’autres produits ivoiriens et pour réduire la dépendance du pays vis-à-vis des denrées importées et du même coup renforcer la sécurité alimentaire.

Fort de cette large connectivité avec les réseaux et marchés mondiaux, le gouvernement a vu dans les TIC un moyen crédible d’atteindre ses objectifs ; il a donc décidé d’élaborer une stratégie nationale d’e-agriculture, dans le dessein plus vaste de muer la Côte d’Ivoire en une nation émergente d’ici 2020.

Co-responsables de la future stratégie d'e-agriculture, les ministres ivoiriens de l’Agriculture et de la Poste et des TIC ont constitué une commission interministérielle d’experts chargée de formuler et d’appliquer une stratégie nationale basée sur les TIC pour développer et moderniser le secteur agricole ivoirien et promouvoir la bonne gouvernance dans ce secteur.

Plus spécifiquement, la commission était chargée de définir une stratégie d’e-agriculture conduisant à la mise en place d’une infrastructure TIC moderne dans le secteur agricole, d’un cadre juridique et institutionnel afférent à l’usage des TIC et de services d’information agricoles complets, polyvalents et en temps réel. La stratégie devait en outre veiller à ce que tous les paysans et autres personnes associées à ce secteur agricole modernisé (les jeunes en particulier) aient accès à des services d’information et soient formés à leur utilisation.

Une stratégie de terroir, équilibrée

Pour définir la stratégie d’e-agriculture, la commission d’experts s’est astreinte à une remarquable méthode participative couvrant un large éventail d’acteurs. Elle a consulté et demandé l’avis de collègues d’autres services publics nationaux, régionaux et sous-régionaux. Elle a également sollicité l’aide de représentants de diverses divisions du Conseil du café-cacao, qui est membre de l’Association nationale des organisations professionnelles agricoles de Côte d’Ivoire, laquelle regroupe 2 000 coopératives de producteurs de cacao, de café, de coton, de bananes, d’ananas, d’anacarde, de caoutchouc et de produits d’origine animale, soit plusieurs millions de membres.

La commission a cherché conseil auprès d’experts en ICT4D, de diverses institutions de recherche et d’enseignement agricoles ainsi que d’autres organismes professionnels desservant le secteur agricole. Elle a consulté les projets de stratégie sectorielle en matière d’e-gouvernement, de cyber-sécurité, d’e-enseignement et d’e-santé de même que le document de stratégie nationale ICT4D. Enfin, elle a examiné les programmes agricoles en cours, comme le Plan directeur de développement agricole ivoirien 1992/2015, le Programme national d’investissement agricole 1992/2015, les documents du Programme détaillé pour le développement de l’agriculture africaine (soutenus par le NEPAD de l’UA et par la politique agricole régionale de l’Afrique de l’Ouest) ainsi que le document ivoirien de stratégie de réduction de la pauvreté.

Les analyses approfondies de tous ces plans et stratégies ont permis d’aligner la stratégie d’e-agriculture sur les autres stratégies sectorielles et de tirer parti de leurs intentions et résultats plutôt que de dupliquer les efforts. Au final, les consultations et les recherches ont abouti à une stratégie nationale d’e-agriculture équilibrée, dueterroir, comptant divers axes interdépendants :

  • infrastructures et équipements TIC ; système d’information des marchés agricoles ;
  • applications et services adaptés au monde agricole ;
  • cadre juridique et institutionnel ;
  • programme de renforcement des capacités TIC ; 
  • système d’information agricole ;
  • système national de communication pour le ministère de l’agriculture.

Le document décrivant la stratégie nationale d’e-agriculture avait été préalablement validé lors d’un séminaire organisé par les ministres de l’Agriculture et de la Poste et des TIC en novembre 2012. Le séminaire de juin 2013 a été le dernier point clé d’un long processus processus d’analyse des plans et de concertation avec les parties prenantes de la stratégie nationale d’e-agriculture.

Sept axes stratégiques

Déployée autour de sept axes, la stratégie d’e-agriculture incarne un ambitieux effort de modernisation du secteur agricole ivoirien et de promotion de la bonne gouvernance. Une des principales composantes de cet effort sera la mise en place d’une solide infrastructure TIC dans les zones rurales, ce qui suppose une alimentation électrique fiable dans tout le pays, qu’elle soit hydroélectrique ou autre. Il va en outre falloir équiper les principales institutions agricoles en matériel TIC adéquat, leur fournir un bon accès à Internet et former leur personnel au maniement et à l’entretien de ce matériel. 

La stratégie prévoit une infrastructure TIC formée d’un centre de données principal et d’une multitude de centres multimédias communautaires. Il sera également mis en place une nouvelle génération de systèmes d’information de marché pour envoyer des informations en temps réel vers les portables et les tablettes et pour mettre à niveau les systèmes d’information de marché existants, comme l’Office de commercialisation des produitsvivriers. 

Ce volet de la stratégie entend en outre améliorer les systèmes d’information de marché de l’ANADER (Agence nationale d’appui au développement rural) et d’autres organisations d’information sur le bétail. Au besoin, des applications et des services TIC ciblant des activités agricoles spécifiques seront acquis ou développés (portails, systèmes d’alerte, etc.).

Les parties prenantes consultées pour l’élaboration de la stratégie ont souhaité la mise en place d’un cadre juridique propice à un usage adéquat des TIC (lors des transactions électroniques, par exemple) dans l’agriculture. Bien que ce point précis figure déjà dans la politique de TIC nationale, un décret distinct pourrait être adopté pour prise en compte dans la stratégie d’e-agriculture.

Enfin, diverses initiatives de renforcement des capacités permettront d’inculquer l’ABC des TIC à toutes les parties prenantes agricoles, du paysan aux intervenants ruraux en passant par les fonctionnaires en charge de l’agriculture. La stratégie s’emploiera à utiliser les TIC dans l’alphabétisation, la formation agricole et les établissements de formation.

La stratégie entend renforcer et coordonner les divers systèmes nationaux d’information agricole. Une meilleure coordination améliorera la gouvernance des diverses filières et la communication entre le ministère de l’Agriculture et les autres parties prenantes. Au final, une meilleure communication améliorera les échanges de connaissances et la collaboration entre l’ensemble des institutions publiques et privées qui travaillent dans le secteur.

Un exemple pour d’autres pays

En décidant de se doter d’une stratégie d’e-agriculture, la Côte d’Ivoire a franchi un premier cap dans la modernisation de son secteur agricole. Cette stratégie est globale : elle couvre un large éventail d’activités agricoles et s’aligne sur les stratégies électroniques d’autres secteurs. L'application de ce document de politique ne sera toutefois pas simple. Le nombre et la nature des initiatives considérées comme prioritaires par les diverses parties prenantes consultées lors de la réunion d’Agboville en juin 2013 supposent un financement conséquent.

On ne peut que se réjouir que des partenaires comme la Banque mondiale, China Great Wall Industry Corporation et quelques sociétés nationales privées ivoiriennes aient proposé leur aide dans la mise en œuvre de la stratégie d’e-agriculture. Celle-ci poursuit des objectifs cruciaux et le gouvernement ivoirien entend que chaque partie intéressée apporte sa contribution.

Le gouvernement ivoirien a suivi une démarche plurilatérale et ouverte à tous pour élaborer sa stratégie d’e-agriculture. La collaboration entre les ministères ivoiriens de l’Agriculture et de la Poste et des TIC est un cas unique en Afrique, où la collaboration en matière de TIC au service du développement agricole demeure pour le moins ténue. La pénétration croissante et le prix décroissant des portables, ainsi que l’amélioration de la connectivité Internet devraient assurément accélérer le déploiement des projets et stratégies d’e-agriculture en Afrique. 

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Encadré

Pays africains ayant une stratégie d’e-agriculture

Seule une poignée de pays ont pris l’initiative de se doter d’une stratégie d’e-agriculture. Parmi eux :

  • le Ghana, qui a élaboré sa Stratégie de mise en œuvre des TIC dans l’agriculture en 2005. On ignore toutefois si cette stratégie a été effectivement mise en œuvre ;
  • la Côte d'Ivoire, qui s’est récemment dotée d’une stratégie nationale et globale d’e-agriculture ;
  • le Rwanda, qui est en train de formuler son Plan stratégique de transformation agricole, un plan national d’intégration des TIC dans l’agriculture assorti de programmes de gestion des ressources naturelles à travers tout le pays ;
  • le Mali et le Burkina Faso qui, avec la Commission économique pour l’Afrique des Nations unies,  planchent sur une cyber-stratégie de développement rural et agricole.

Source : CTA, Benjamin Addom (2013) e-Agriculture Policies and Strategies in ACP Countries, rapport de référence en vue de la réunion 2013 de l’Observatoire TIC, CTA, Wageningen.

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 Ken Lohento (lohento(at)cta.int) est coordinateur du programme ICT4D du CTA.

Mark Speer (mark(at)contactivity.com) est le rédacteur d’ICT Update. 

Avec le concours de Noël Kouable (noelkouable(at)yahoo.fr), conseiller technique chargé du Système d'information de marché (SIM) de l'OCPV, Côte d'Ivoire. 

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